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alone

(FR)

Jonathan LLense pratique la photographie à l’instinct et dans l’instant. Son œuvre est étroitement liée à sa vie mais ne peut se confondre avec une entreprise autobiographique. Partant de son environnement qu’il arpente et scrute, il s’attache à un réel générique qui ne peut pourtant se réduire au banal. Il photographie des motifs ou des situations qui s’en échappent et en pointe l’incongru, l’absurde ou, plus simplement, l’absence de sens. Il a commencé par s’approprier ce qu’il appelle des « gestes » produits par d’autres et qui sont, pour lui, d’heureuses trouvailles. Mais il n’hésite plus à intervenir sur le réel en composant, toujours avec ce qu’il a sous la main, des natures mortes qui ne doivent rien au genre établi et des mises en scène sommaires, ou en recourant à la manipulation numérique, toujours légère et ludique. Que LLense saisisse un réel vacillant ou qu’il le fasse basculer lui-même, on hésite à parler de méthode tant les procédés sont divers et, surtout, mis en œuvre sans systématisme. Il est pourtant des traits immuables. Ses images sont toujours verticales et d’une grande simplicité. Elles attirent le regard sur le motif, centré, pris souvent en gros plan et figé par un coup de flash, même en plein jour. Évidentes, les photographies de LLense sont démonstratives. En témoigne cette main qui, de manière récurrente, présente un objet à la caméra. L’autorité des images est néanmoins contrebalancée par leur apparent amateurisme. Mais les erreurs sont si parfaitement assumées, voire recherchées et accentuées, qu’elles instaurent une équivalence entre le bien fait et le mal fait. Unies par un certain regard, les images de LLense sont cependant autonomes. Derrière leur diversité et au-delà de leurs regroupements plus ou moins transitoires fondés sur des atmosphères, pointent les enjeux transversaux de sa pratique. Ceux-ci ont trait à l’image, dont les fondements sont brouillés. Attiré par le sculptural et le simulacre, LLense place, en effet, sa photographie entre volume et planéité et vrai et faux.

 

Étienne Hatt – février 2019

Rédacteur en chef adjoint d’Artpress et chargé de programmation au Centre d’expérimentation du Collège international de photographie du Grand Paris.

 

(EN)

Jonathan LLense practices an instinctive and spontaneous photography. His work is closely related to his life but cannot be taken as an autobiographical endeavor. Starting from his environment that he surveys and scrutinizes, he focuses on a basic reality that cannot be reduced to the ordinary. He photographs patterns or situations that stand out and point to the incongruous, the absurd or, more simply, the meaningless. He began by appropriating what he calls «actions» produced by others which he considers as happy finds. Nowadays he no longer hesitates to also intervene on the real by composing still or spontaneous installations, always with what he has at hand, that owe nothing to the established genre. He may also resort to alter, in a playful manner, an image through to digital manipulation. Whether LLense grasps a vacillating reality or pushes the situation over the edge, one hesitates to speak of method as the processes are diverse and, above all, implemented without systematism. Yet there are some consistent traits; his images are always vertical and very simply constructed. They draw attention to the motif, centered, often taken in close-up and frozen by a flash, even in daylight. Self-evident, the photographs of LLense are demonstrative, as for instance the use of the hand which, recurrently, presents an object to the camera. The control of the images is nevertheless counterbalanced by their apparent amateurism. The errors are so perfectly assumed, even sought out and accentuated, that they establish an equivalence between a controlled situation and an accidental one. United by a certain look, the images of LLense are however free standing. Behind their diversity and beyond their more or less transitory groupings based on atmospheres, the cross-references of his practice are pointed out. These relate to the image, whose foundations are blurred. Attracted by the sculptural and the simulacrum, LLense places his photography between volume and flatness and true and false.

 

Étienne Hatt – february 2019

Deputy editor in chief of Artpress and programming officer at the Centre d’expérimentation du Collège international de photographie du Grand Paris.

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